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COMMELAHAINE, ARRIVÉE IMMINENTE D’UNE COMÈTE SUR LA TERRE

  • lilialrd
  • 14 juil. 2024
  • 8 min de lecture

Photos : Laetitia Prioux (@itslaetitia.jpeg) / Graphisme : Julie Ricolvi (@lilylouloute)


Bâtiment B20. Zone froide.

Il commence à faire sombre. La nuit tombe.

Le temps semble suspendu aux dernières ombres massives des bâtiments B11, B12, B13 et B14 alentours. Pas une fenêtre ne s’ouvre, pas une porte ne claque, pas une musique ne s’échappe des appartements, pas une voix lointaine, murmurante, ne s’entend à des kilomètres à la ronde. Ce silence est bruyant. Le monde est ici en pause. L’univers tout entier semble se muer en noir et blanc.

Ici, tout est froid, glacé, polaire.

L’air est corrosif.

L’ambiance est pesante, troublante. Quelque chose se prépare ; une explosion, un souffle, un déchainement.

Une histoire qui s’écrit dans la hargne et la trap,

Une trajectoire calculée, une comète inarrêtable,

Intransigeante, comme la haine.



“J’T’AVAIS DIS QU’UN JOUR, J’SERAIS L’ROOKIE AL”


Aujourd’hui, Ars Magna à la hargne et veut parler Commelahaine. Alors rien que pour vous, voici l’interview de l'un des jeunes rookies les plus hargneux du game en 1 image, 6 clés.



Photos : Laetitia Prioux (@itslaetitia.jpeg)



LA CLÉ 1 : “AVANT J’ÉTAIS LE MEC QUI SAIGNAIT À TERRE, ÊTRE LE BOUFFON DANS LEUR HISTOIRE J’AI VITE MIS UN TERME” (Neurotoxic)


"Aaaaah, j’aime bien la manière dont on commence !

Alors cette phrase, je l’ai écrite pour le son Neurotoxic. À l’époque, j’étais en deuxième année de BTS et je venais de terminer le projet d’avant, Talisman. Je sais pas trop pourquoi mais quand j’écrivais ce son, chose que je fais la plupart du temps à l’instinct, je me souviens que je repensais à l’époque pas si lointaine du lycée. À cette période là j’étais… J’étais un peu un “bouffon”, en fait, un genre de gars bizarre. Je sais pas comment t’expliquer ça… J’étais pas le mec cool. Sauf que j’ai commencé à rapper. Et l’avantage, quand tu fais du rap, c’est que tu deviens vite le héros de ta propre histoire. Tu fais ce que tu veux, en fait. Mieux encore, non seulement tu fais ce que tu veux mais tu es qui tu veux.


Après le lycée, c’était une découverte, cet endroit où je pouvais enfin m’exprimer et faire comprendre que j’étais ce que je voulais, comme je voulais, que j’étais libre de le faire selon mes propres lois. Hier, j’étais pas le boss ? Aujourd’hui, je décide que je le suis. C’est un délire totalement egotrip que j’ai eu, mais ça m’a fais du bien de ouf !


Mes premiers morceaux egotrip, c’était de l’émancipation mais c’était aussi tout bêtement inspiré de l’école dont on vient avec mon équipe : celle de devoir montrer dans ton rap à quel point t’es fort, par tous les moyens. Ça compte pour nous, surtout quand on est à 800km d’où ça se passe (Commelahaine vient de Perpignan et parle de Paris): on a encore moins le choix que les autres de montrer qu’on est chaud. Ça sert à rien de tenter ce jeu sinon, tu vois. On a super hâte, d’ailleurs, que le public découvre notre taf."



Photos : Laetitia Prioux (@itslaetitia.jpeg)



LA CLÉ 2 : “DISE DE MOI QUE J’SUIS DIFFÉRENT, J’SAIS MÊME PAS OÙ M’SITUER” (HollaShit)


"Aaaaaaaaaaah, vrai de vrai j’aime trop cette phase ! Pour l’histoire, à l’époque où je travaillais avec mon ancien producteur, on avait pas forcément la même vision. Il savait me dire que j’avais un truc, que j’avais du potentiel et tout, mais quand moi je lui disais ce qui me plaisait et ce que je voulais faire, il était tout de suite en mode : “Ouais, mais… J’sais pas où te mettre, moi, avec ça. On va faire quoi avec ton truc ? Le créneau il est pris”. Moi, en face, j’étais là : “Fuck ça, je m’en fous, moi je veux faire ça et c’est tout.”


Je m’inspirais de tout ce délire des années 2000 et quelques… Enfin, en gros, des premiers artistes que j’ai aimé quand j’ai commencé à devenir vraiment un buté de rap entre 2014 et 2017, dont Joke, par exemple. C’était pile dans mon adolescence, période où tout ça a commencé sérieusement à me matrixer. J’étais hyper inspiré par ces artistes, et créneau pris ou pas, quand j’ai commencé, c’était ce rap que je voulais faire. Pourquoi pas ?


Et en vrai de vrai… J’ai pas envie d’utiliser cette phrase-là, parce que j’ai toujours trouvé ça super chelou les gens qui disent “Moi, j’ai toujours senti que j’étais différent” (il rit). On peut-être un peu à part, un peu ailleurs, je dis pas… Mais perso je me sens juste normal, en fait. Ce sont les gens qui décident de te voir comme “différent”. Le seul truc, c’est que j’avais en effet une vision différente de la sienne.


Et tu sais quoi? Là je te parle, et le truc qui fait trop plaisir, c’est que je me rend compte que je sais de plus en plus me situer aujourd’hui. Je le ressens.


À chaque fois que je fais un pas vers ce qui me correspond le plus et que je me sens bien dans un truc précis, que ce soit dans un délire egotrip ou super personnel, je sens vraiment que… C’est moi. Ça fait un bien de ouf. Et quand j’en parle et que je regarde derrière, je me rend compte des choses que je n’aurais pas osé faire de la même manière, que j’aurais pas creusé autant de peur que les gens n’adhèrent pas au délire. Sauf qu’aujourd’hui je me dis qu’en fait… C’est bateau, mais il n’y a rien de mieux que d’être sincère dans ta musique. Je sais que pour ma part, je ne me considère pas comme faisant partie de la next gen' et de ceux qui sont mis en avant actuellement, mais je pense que toute cette nouvelle école-là a comme force d’avoir compris cette sincérité utile. Le public, il la capte. Vraiment. Ca fait les grands artistes. Quand tu regardes aux US, ça donne les Kanye West ou les Kendrick Lamar : ils ont suivi leurs visions. Et le reste… Bah fuck ça, en fait."



Photos : Laetitia Prioux (@itslaetitia.jpeg)



LA CLÉ 3 : “J’ME REMET À LA TRAP COMME D’HAB” (Crenshaw)


"Aaaaah (il rit) Lezgoooooo !


Bon là, c’est plutôt simple. J’ai beau aimer tout le rap dans son ensemble, même si comme tout le monde il y a des banques auxquelles j’adhère pas de ouf, c’est clairement avec la trap que j’ai découvert le pe-ra. Quand j’étais tit-peu il y avait les Nekfeu, l’Entourage et compagnie mais c’était pas trop mon délire. J’ai découvert le rap avec les Rap Contenders, mais j’ai apprécié et aimé le rap avec des trucs justement genre Joke, ou tout le taff qu’ils ont fait avec Ikaz Boi et Myth Syzer. C’était des productions trap du fuutur !


Jusqu’à maintenant, je cours après cette essence-là et ce sont avec ces beatmakers que je me sens le plus à propos. J’ai pas envie de dire que la trap, c’est ce qui me définit, parce que ce serait un trop gros raccourci. Mais en tout cas c’est là où je me sens à l’aise, où je me sens moi justement. Mes premiers bons sons, c’était de la trap !"



LA CLÉ 4 : “MAIS J’SUIS TROP VÉNÈRE, LE SOUVERAIN VA MOURIR, J’VAIS BAISER LA REINE PUIS FLOUER LES ORDRES” (Corrosif)


"Corrosif, c’est le premier single du projet Neurotoxic que j’ai balancé. Je l’ai écrit plutôt vite, en vrai de vrai. C’est du pur egotrip, encore une fois. Je voulais juste montrer que je sais pe-ra et que je sais faire. J’avais aussi envie de mettre en place les nouveaux bagages que j’avais pu emmagasiner entre temps, notamment avec l’ajout d’un peu plus de parties mélodiques, par exemple. J’ai voulu scinder le son de manière distincte, genre : première partie c’est du pe-ra, boum je balance un peu de mélo, deuxième couplet on revient au pe-ra, et là je termine avec un refrain bien mélodieux pour tenir les gens jusqu’au bout. Voilà… Je mettais en pratique quoi !"



Photos : Laetitia Prioux (@itslaetitia.jpeg)



LA CLÉ 5 : “J’VAIS METTRE MA HAINE DANS MES CLIPS ET DANS MES AFFAIRES, J’VAIS M’CONCENTRER POUR LES ÉCLIPSER À MORT, COMME SI J’ÉTAIS LA LUNE QUE QU’J’ÉTAIS À LA MODE” (Victoire)


"Victoire, c’est un des sons dont je suis le plus fier. En dehors du morceau, c’est son histoire qui me marque le plus.


Il est sorti après que j’ai eu quelques très grosses déceptions dans la musique, professionnellement parlant. C’était une période sombre, durant laquelle je tentais de m’en sortir en me disant que ma seule arme : c’était de faire mes trucs et de rester concentré sur moi. À ce moment là, en allant mal, je me suis rendu compte que c’était pas seulement important mais décisif de savoir se recentrer sur soi face à ce genre d’épreuves, et donc de se concentrer sur sa musique. C’est un truc que mon manager m’avait apporté, de pas me laisser abattre. J’étais… sérieux, j’avais tellement la haine. T’as pas idée. J’avais tellement la haine de ce qu’il s’était passé avec ce label… Si j’avais pas été bien entouré, vrai de vrai, j’crois que j’aurais arrêté le rap.


Ce qu’on dit pas trop aux petit artistes, encore plus quand on est loin de tout comme je l’étais, c’est qu’il y a quoi qu’on en dise un vrai rapport de force entre une structure - aussi petite et insignifiante soit-elle dans l’industrie - et un artiste en devenir, qui a pas de nom. Peu importe ce que le chef de projet vous dira, à partir du moment où même sans encore avoir de nom tu arrives avec ta vision, ton entourage solide, tes idées fixes il y un truc où…. Je sais pas, c’est jamais du franc jeu, en fait. Il faut que les jeunes artistes le sachent, parce qu’en prenant le temps de se renseigner sur l’industrie, son fonctionnement, en apprenant même si on va pas forcément aller vers tout ça : on vit mieux le truc, on fait mieux les choses. L’importance d’apprendre tout ça pour mieux gérer sa carrière, c’est vraiment un message que je veux véhiculer.


Et en vrai de vrai, j’ai eu ma Victoire hein ! J’aurais pas eu ces expériences, il n’y aurait pas eu ce son. Et c’est aujourd’hui mon morceau le plus streamé, je crois."


Photos : Laetitia Prioux (@itslaetitia.jpeg)



LA CLÉ 6 : “J’SUIS ARRIVÉ SUR TERRE POUR TOUT NIQUER, POUR L’INSTANT MON N. J’LE FAIS NICKEL” (Holla Shit)


"Haha j’adooooooore arriver dès le premier couplet avec un grosse punch’ direct. Je trouve ça trop stylé. (il rit)


En vrai, le morceau Holla Shit est archi important pour moi parce que c’est l’un des premiers sons qui a été officiellement bouclé pour mon premier projet. Je me souviens que c’était encore à l’époque ou j’avais du mal avec les structures musicales, de texte et tout. Quand j’ai terminé le truc… J’étais vraiment en mode : “Putain trop cool ! J’ai réussi à faire ça, moi !”.


Je trouve qu’il y a une différence énorme entre un rappeur qui sait rapper et un rappeur qui sait faire des morceaux. Je veux dire, des morceaux construits. Le fait de pouvoir mettre un pied dans ce truc-là et d’avoir pour la première fois le sentiment de capter totalement le truc : c’est tellement lourd. Ça t’amène ensuite tellement de nouvelles idées, qui portent des idées, et d’autres idées… Évidemment, il y a encore plein de trucs qui viennent après dans ton évolution, mais la première fois que tu boucles un morceau carré, construit et que tu peux présenter au monde : c’est super satisfaisant et tu te dis que ça y est, t’as créé une oeuvre."






Rédaction/Interview : Lilialrd

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