top of page

SYDS, PRÉCIEUX CARNET DE VOYAGE D’UNE JEUNE LÉGENDE

  • lilialrd
  • 19 août 2024
  • 10 min de lecture



Il fait nuit sur le royaume quand le Deus Ex Preciosa arrive à son terminus et accoste sur le port. La ville toute entière est endormie. Le palais ne s’habille que des quelques ombres des gardiens qui veillent sa majesté, alors que les quelques faibles lueurs des chandeliers dessinent des ombres menaçantes sur ses murs de pierres froides. On se croirait dans un tableau. Ici règne le clair obscur. 


A cet instant de la nuit, personne ne se doute qu’un jeune hors la loi a embarqué en cachette  dans la cale du navire, dès son départ, à plusieurs kilomètres de là. Le voyage a été long, de nombreuses tempêtes ont ralenti le bateau. Assis dans le noir, à même le bois rugueux de la cale, le jeune voyageur a essuyé silencieusement de nombreuses douleurs. Mais rien n’est trop difficile quand on est en route vers son destin. Il s’appelle SYDS, et il arrive enfin au début de sa vraie balade. Chacun son démon : le sien est né d’une prédiction lointaine, d’une destinée qui le hantait déjà dès ses premières heures au cœur du monde : sa voix est de rubis, ses mots sont émeraudes, son cœur fait de saphir. Chez SYDS tout est précieux.


Il est ici pour le trône. La couronne lui appartient peut-être même déjà. Tapis dans l’ombre, il traverse la ville en direction du palais, prêt à s’imposer de gré comme de force. La jeune légende le sait déjà, son avenir est fait pour l’or…



“SYDS C’EST GRAND, C’EST RÉFLÉCHI”


Aujourd’hui, Ars Magna part à la conquête d’un grand royaume, aux côtés d’un futur roi qui a une voix faite pour l’or… Rien que pour vous, voici SYDS en 1 image, 6 clés. 


(Photographie : Martin Cayssilié)



LA CLÉ 1 : J’FAIS GENRE DE RIEN, MAIS J’SUIS PAS BIEN, J’AI CACHÉ MES SONS PENDANT DES ANNÉES, MAIS J’SAIS QUE T’ADORAIS QUAND J’EN PARLAIS” - ROCKSTAR



J’ai longtemps fais semblant d’aller bien à une période où j’étais malheureux, j’ai longtemps été celui qui riait aux éclats alors que je me sentais profondément triste. Les gens les plus souriants ne sont pas forcément les plus heureux, et je le voyais quand je me retrouvais seul face à moi même, le soir, devant mon miroir. Ce morceau date de cette époque où faire semblant faisait plus souvent parti de mon quotidien que d’accepter ce que je ressentais. Je jouais un rôle, pendant que croupissaient un tas de trucs profonds que je devais régler avec moi-même. Je n’étais pas en accord avec ma réalité. J’aurais pu vivre les choses autrement mais je pense que je n’étais tout simplement pas prêt à m’ouvrir au monde, à accepter toutes mes émotions.


A côté de ça, je « cachais des sons ». En vérité, quand je dis ça je parle d’une période où je cachais mes sons à une personne très importante de ma vie, qui m’accompagnait à l’époque, mais du côté de qui je n’ai malheureusement jamais ressenti de soutient quand il s’agissait de ma musique. Au fond, je sais qu’elle aimait pourtant ce que je faisais, on en avait déjà parlé plein de fois et elle soutenait en quelque sorte ces rêves là mais étrangement, elle ne le faisait pas quand on était ensemble. Je pense que ça découlait d’une peur de cette personne vis à vis du milieu du rap, de tout ce que ça pouvait impliquer d’être un artiste. À partir de ce moment là, un peu à l’image de ce que je faisais pour ma tristesse, je lui ai caché ma musique, cette part de moi pourtant immense. Si on ne met pas la musique dans ma vie, je pense qu’on ne peut pas me définir, me connaître vraiment ou imaginer me comprendre. Cette phase est née de la frustration qui accompagne le fait de porter un masque, voire de la douleur qui en suit. Quand je dis que je cachais les sons pendant des années, je sous entends aussi qu’aujourd’hui je les assume, j’accepte de me livrer. 


Je pense que c’est l’une des plus grosses difficultés de la chose. Celle que j’ai eu le plus de mal à surmonter, et que je vois d’autres artistes comme mon pote PHLP (l’un des rappeurs du collectif Jeunes Légendes, qui est là pendant l’interview) galérer à surmonter aussi : se livrer dans notre musique. Aujourd’hui je pense qu’on le fait beaucoup mieux, qu’on a accepté cette sincérité là,  qu’on a compris que c’était normal d’être juste nous. Ça ne nous dérange plus du tout de faire écouter ce qu’on fait et pourtant on y étale nos vies… Parce que quand tu connais quelqu’un depuis dix minutes à peine et qu’il te dit « fais moi écouter un de tes sons » tu peux presque entendre, dans notre cas « ouvre moi ton carnet secret ». 


(Photographies : Martin Cayssilié)



LA CLÉ 2 : “GROS J’MANQUE DE FORCE DONC JE M’ENFERME, JE BOSSE, N’OUVRE PAS MA PORTE, J’Y CONTIENS LA MORT” - BALADE



Je suis très content que tu parles de ce son parce que je me suis senti récemment particulièrement fier de lui après un concert pendant lequel je l’ai interprété et me suis retrouvé face à la foule, devant moi, qui le chantait par cœur. Je ne m’attendais pas du tout à ce retour le concernant, c’était fou. J’y tiens aussi parce que c’est l’un des premiers « sons déclics » que j’ai créé, justement, quand j’ai accepté de parler de choses très personnelles. 


Ce coup-ci, dans la phase, je parle des moments qu’on connaît tous ou tu perds toute motivation, ou t’as plus la force de rien, ou tu te sens soudainement dépassé par les événements. Pour ma part, quand je traverse ces moments là, je m’enferme. Imagine une situation : après une rupture amoureuse difficile, tu as deux personnes qui vivent leurs douleurs très différemment. Très souvent tu as deux types de profils, celui qui fuit la douleur, la rejette et sort pour oublier, fait la fête, se pète le crâne, capte peut-être même quelqu’un d’autre… alors qu’en parallèle, l’autre vit la séparation de plein fouet dans les larmes, la douleur, la solitude. On a l’impression que le deuxième traverse une tempête plus difficile que le premier. C’est pas tout le temps vrai. Le premier, il croisera sa tempête après son délire d’oubli, pendant que les choses se calmeront. C’est dans le calme que son ouragan arrivera et il sera plus fort, parce que longtemps repoussé. Le plus dur, c’est de te confronter à toi même après t’être fuit.


S’enfermer et souffrir c’est accepter ce besoin de tout lâcher dans l’idée de retrouver la force et la motivation perdues. Dans l’idée d’aller mieux. C’est vital de s'isoler un temps, un peu comme dans un dojo en fait… Tu t’entraînes des heures et tu y contiens tout ce à quoi tu dois faire face : les émotions négatives principalement. Ces émotions je les aient réduites au surnom de « la mort », parce que c’est ce qu’il existe de plus sombre dans la vie des hommes, et que ça résumait bien tout ce que je contiens derrière la porte de mon dojo a ces moments là. Elle est dure cette phase, avec du recul… mais j’ai longtemps arrêté de parler de choses dures alors que j’adore ça, j’ai donc voulu le faire bien quand j’ai décidé d’aborder de nouveau ce genre de douleurs. Je ne veux pas, dans ces moments, que « ma mort » sorte de ma pièce, alors n’ouvre pas ma porte au risque qu’elle s’échappe de moi, que je ne la maîtrise pas, que tu en fasses les frais ou alors ouvre là un temps très court pour partager tout ça avec moi mais sache aussi me laisser la vivre seul. « Ma mort » sortira via ma musique de mon dojo, parce que c’est ma façon à moi de m’exprimer.


Dans mon dojo il y a tout ce que je dirais plus tard derrière un micro, mes émotions négatives mais mes émotions positives aussi, elles y sont, simplement la phase n’était pas assez longue pour parler de toute la vie alors… 



(Photographie : Martin Cayssilié)



LA CLÉ 3 : “ET SI JE ME CACHE DERRIÈRE LES MOTS, CEST AUSSI POUR ME LIBÉRER, PAS DANS UNE CASE, MON CAS A MOI J’AURAIS BESOIN DE L’ÉTUDIER” - WESTERN




Waaaaah ça peut partir loin sur celle là !! Je suis content, là aussi, que tu ai choisi ce morceau. 


À ce propos, petit aparté sur le son, je pense que Nathan, mon manager, peut vraiment le dire : sa construction a eu quelque chose de particulier qui le rend très important. Il a mis beaucoup de temps a se faire. C’était quasiment l’un des premiers sons que j’écrivais pour le projet et il est resté incomplet pendant très longtemps. En fait, je ne l’ai fini qu’après avoir terminé l’ensemble du projet. Ça a été long parce que je pense que c’est l’une des premières fois où j’ai vraiment fais attention au texte. Je me suis dis que j’allais exprimer un truc bien, et c’est trop con… mais ça peut arriver tard chez un artiste, cette réflexion autour de l’envie d’exprimer quelque chose de plus profond, de plus travailler un texte que d’habitude. Ce n’est pas forcément évident. 


Et là aussi, j’ai fonctionné sur le principe de livre ouvert dont je te parle pour les phases précédentes. J’ai écris en me disant « bon, et bien si vous voulez écouter toutes mes peines elles seront disponibles sur Spotify ! ». Justement parce que je m’exprime… mais je me cache derrière mes mots. Surtout qu’en vérité on choisit ce qu’on dit dans sa musique, on peut tout raconter dans un texte ! Il y a un certain jeu de confiance avec les auditeurs, qui considèrent que ce que tu racontes est vrai. Pour ma part, ça l’est ! 


Quand au moment où je te parle d’étudier mon propre cas c’est quelque chose d’assez anecdotique, en vérité ! À l’époque où j’écris ce son, je commence tout juste une licence de psychologie. J’y ai compris énormément de chose sur moi, j’ai pris un recul immense sur mes problèmes, j’ai été renvoyé à certains traumas que j’ai accepté de régler. Je me suis rendu compte en sortant de là de l’importance de s’étudier soi-même pour régler son cas et imaginer avancer sur le bon chemin. 



LA CLÉ 4 : “ON ÉCOUTE MEEK MILL DEPUIS QU’ON TRIME, TRIME, ON EST LA DREAM TEAM, DANS LE STUDIO ON COMMENCE, DANS LE VAISSEAU AUX COMMANDES” - JEUNES LÉGENDES



Hé, j’aime bieeeen, il y a plein d’images ! (Il rit) 


Bon, la phase sur Meek Mill me vient de mon frérot et manager, le fameux Nathan. C’est lui qui a dit ce truc là avant que j’en exprime ce que ça m’a fais ressentir. D’abord parce que ça collait bien. Reconnaissons-le, les artistes n’écrivent pas toujours avec un message ou des images mais parce que des fois, ça rend juste bien ! Nathan a dit ça parce qu’avec lui et PHLP, on a beaucoup 

écouté du Meek Mill et du rap US en général dès le début de notre travail dans la musique. Parce que sérieux… Ils sont trop forts, c’est tout. Les enfoirés ! Ils sont tellement incroyables ! Ils ont une énergie, un truc différent… On ne savait pas trop ce qu’on faisait au début mais on savait qu’ils nous s’inspiraient comme jamais et qu’on apprenait véritablement d’eux. 


Et quand à la dream team c’est simple… C’est  en lien avec notre collectif Jeunes Légendes dans lequel on est 5 avec : PHLP un autre rappeur, Nathan mon manager, Kolya qui est réalisateur vidéo, et Luxe notre directeur artistique et graphiste. 


Quand je regarde mon équipe, je suis trop heureux et c’est tout con mais je me dis qu’on est bons. On a une vraie présence, on a un truc. Je vois d’autres groupes, même de simples potes, et je sais que tout le monde a ses propres délires mais je reste persuadé qu’on a un vrai truc à nous, des particularités différentes. Et nous et nos singularités sommes aux commandes du vaisseau Jeunes Légendes. C’est d’ailleurs un truc que j’utilisais beaucoup comme image, à l’époque, le vaisseau. C’est plutôt pas mal lié aux lieux dans lesquels on faisait du son à l’époque : dans le home studio de chez moi, de chez PHLP, dans notre coloc ensuite… On à nos capsules individuelles genre, mais on a un vaisseau mère commun auquel on revient toujours, un QG vital. On revient toujours à la base de Jeunes Légendes pour réfléchir à notre manière de conquérir l’espace tout entier ensemble.. ! 



(Photographies : Martin Cayssilié)



LA CLÉ 5 : “ SI JE DÉPENDS DU MONDE, JE VIS SUR UNE BOMBE, FAUT QUE JE CRÉE LE MIEN, MA MUSIQUE UN DESSEIN” - PRECIOSA



À la période où j’écris ce son, on était (et on est toujours d’ailleurs) bombardé d’informations à propos du nucléaire. Et c’est con mais inconsciemment ça a grave inspiré mon écriture. Je menais cette réflexion de dire « on vit sur une bombe à retardement, on vit sur un fil et on a l’impression que ça peut exploser à tous moments, que tout est toujours instable ». Et pourtant, on continue à vivre et à avancer dans ce monde et on fait ça depuis des millénaires, parce que ça fait presque autant de temps que pour plein de raisons différentes, on a l’impression continuelle que la fin du monde peut être proche mais les humains continuent à vivre malgré tout. Ça me fascine. 


On vit sur une bombe tous ensemble, mais si on y pense tout le temps on n’existe pas vraiment. Alors la solution réside en notre capacité à créer nos propres mondes pour supporter le plus grand, chacun de notre côté.  C’est mon père qui m’a légué ça, il m’a appris à construire mon propre bonheur pour éviter de me laisser envahir par tout ce qui est trop fragile et désordonné. Pour commencer, je dois m’entourer des miens, savoir qui j’aime et qui m’aime, savoir ce qui me passionne et ce que je veux faire et en prendre soin. Il m’a appris à accepter qu’on est tous des individus qui ne pourront jamais tout faire, tout régler et tout maîtriser et pour imaginer bien vivre et apporter ensuite, peut être, un peu de nous au monde des autres : il faut d’abord être capable de le construire en solo. Le mien, de façon évidente, se construit par la musique. Et j’ai une chance immense car ce monde la me permet de préparer d’avance des souvenirs. Quand je fais une musique j’accompagne sans le savoir des moments futurs qu’on vivra dans nos mondes persos, j’en fais la bande originale en quelque sorte. Ce sera un voyage, une relation, une soirée… je crée mon monde en avance grâce à des souvenirs musicaux. 


(Photographie : Martin Cayssilié)



LA CLÉ 6 : “FILE MOI LA COURONNE DIRECTEMENT DE TOUTE FAÇON J’ARRIVE, JE SUIS LE MEILLEUR HONNÊTEMENT, J’EMBARQUE TA CHÉRIE SUR LE NAVIRE” - PRIVILÈGES



Héhé, cette phase, c’est un enormeeee ego trip. Ça rejoins l’univers que je voulais créer dans les projets avec le royaume, la couronne, les pierres précieuses… Mais aussi les vaisseaux, la mer, le voyage en fait. La question d’avancer qu’importe le moyen de transport et le terrain, métaphoriquement. 


Quand à ta chérie sur mon navire… En fait je suis assez persuadé que les filles sont parmi le public le plus intéressant. Elles partagent beaucoup, inspirent beaucoup, écoutent beaucoup quand elles se retrouvent dans un morceau… Parfois, ça peut même dériver dans un genre de fanatisme total qui va jusqu’à faire percer certains artistes ! On l’a vu avec Josman, avec Laylow… Donc tu écoutes mon rap mais moi, je viens aussi chercher ta chérie entre guillemets. Parce que je sais le pouvoir qu’elle aura sur mon navire. Et tu l’as dis dans l’introduction que tu m’as écrite : j’ai embarqué dans le navire et je m’apprête à arriver dans le royaume. Je suis en chemin et le moi qui a confiance en lui a envie de dire que je vais prendre la couronne, quoi qu’il arrive. Autant me la donner tout de suite… Je ne compte pas m’arrêter avant d’y parvenir. Alors où elle est cette couronne ? Que je m’en empare vite ! (Il rit)




Rédaction / Interview : Lilia Lrd





Commentaires


bottom of page