OB130, PROCHAIN TRAIN VERS LES 130 DIAMANTS
- lilialrd
- 29 juil. 2024
- 10 min de lecture

(Photographie : Martin Cayssilié / Graphisme : Julie Ricolvi)
Il est Trois Heures.
À mi-chemin entre l’âme vibrante des nuits parisiennes et l’étonnant calme de ses petits matins, quelques ombres errent encore dans les rues, en silence, en chant, en danse, en rire ou en quelques cris abimés par un trop plein d’alcool. Ou d’autre chose.
C’est presque la fin de la soirée. Il est trop tard pour les derniers transports, trop tôt pour le Prochain Train. Comme d’hab.
Soudain, une nouvelle lumière illumine comme un éclair les rues calmes du Paris de nuit. Les phares d’une voiture qui traverse le 15ème arrondissement, vers le périphérique, direction le 92. Collée à l’arrière de celle-ci, une marguerite à laquelle il manque quatre pétales.
“Un peu, Beaucoup, À la folie… Pas du tout ”
À la folie, LRSN et Aogiri trinquent jusque tard le soir.
Aux rêves, OB130 et ses quelques jeunes jeunes loups assis avec lui dans cette voiture, dédient 24/7 du film de leurs vies, de jour comme de nuit. Rentrer dans le jeu n’est pas une voie sans issue. Ils sont prêts. Cette Ride nocturne les emmène déjà vers l’avenir.
OB, pour sa part, n’en est qu’au début des 130 rêves qu’il lui reste à accomplir, des 130 Diamants qu’il lui reste à trouver. Au 130ème son, où sera t’il ?
“MOI J’Y CROIS DEPUIS QU’ON A VAINCU LA FLEMME”
Aujourd’hui, Ars Magna part à la découverte des 130 et quelques rêves d’un jeune rookie aux 1000 visages. Alors rien que pour vous, voici OB130 en 1 image, 6 clés.
(Photographie : Martin Cayssilié)
LA CLÉ 1 : “MAIS J’SUIS BLOQUÉ DANS LE 95, LA TE-TÊ QUI TOURNE POUR UNE MEUF ZIN’, J’RETOMBE DANS LA BEUH DANS LES CHOSES SIMPLES, J’ME RACCROCHE QU’À PEU JUSTE AUX REUFS HEIN” - 95INTRO
Cette phase là sort du tooout premier son que j’ai écris pour l’album “À la folie, pas du tout”. C’était pas forcément une époque super facile. Je sortais de deux ruptures compliquées dont l’une particulièrement douloureuse, parce qu’elle faisait suite à un couple qui avait duré 5 ans et parce que toute cette histoire a encore traîné plusieurs mois après la séparation… Bref, ça n’allait pas vraiment. J’étais bloqué sur tout, coincé dans ma tête. Je vivais chez mes parents dans le 95 et je tournais en rond, je sortais plus voir mes potes dans Paris parce que je me sentais… Je n’avais envie de faire aucun effort, pour rien. Je dois avouer que j’étais un peu l’ombre de moi-même.
C’est parce que j’étais dans cet état mental que j’ai fini par ne me raccrocher qu’aux choses simples, celles qui m’évitaient de trop penser. Et dans les choses simples, il y avait cette envie qui, elle, ne bougeait pas : celle de faire du son. Je créais beaucoup et le simple fait de me plonger à fond dedans a fini par me remuer un peu. J’ai écris mon premier refrain. T’imagines pas la victoire. Après des mois de douleur et de spirale bien sombre, j’avais enfin fait quelque chose et ça m’avait… libéré de moi-même, un peu.
Vu toutes les émotions qui me bousculaient à cette période, j’écrivais de manière plus intense. Ça semblait presque plus facile, en fait, les choses me venaient en tête et se posaient naturellement sur le papier, les thèmes étaient plutôt évidents. Je me dis parfois que les sons doivent du coup avoir l’air assez chaotiques… Parce que je n’étais pas dans la recherche forcée de structure particulière ou de phase précise mais dans de l’instinct pur. Mais finalement, cet honnêteté rend - je crois - les choses plus ou moins claires quand même.
Enfin voilà, au bout du compte, on se retrouve avec un projet qui parle d’amour, de rupture, de tout ce que ça implique, de tout ce qui peut traîner après à deux comme tout seul… On fini avec deux blocs de musiques différents : à la folie pour l’intensité, l’amour, tout ce qui a été beau… Et pas du tout pour la fin, les choses beaucoup plus sombres. Question technique on va dire, j’ai pensé que sortir un 12 titres était peut-être un peu ambitieux à mon stade parce que je ne suis personne et rare sont les gens qui auraient écouté un aussi long projet. Faire 6 sons par 6 sons, c’était plus “écoutable”. Chaque groupe de morceaux marchait bien, ils marchaient aussi bien à 12, on a pu s’éclater sur la cover avec le jour et la nuit… J’y suis hyper attaché. Ce projet est un peu le vrai début de la fin : de ma déprime d’abord, et du 95 (chez mes parents) parce que j’ai bougé après sur le 92 et ça aussi c’était le début d’une nouvelle histoire !

(Photographie : Martin Cayssilié)
LA CLÉ 2 : “LÀJ’SUIS CONFIANT MAIS PARFOIS J’DOUTE DE MOI, DE MES CAPACITÉS, J’TE PARLE DANS L’TEMPS, OB N’EXISTAIT PAS, J’M’ÉTAIS CANALISÉ” - lOVEmE
Pour tout te dire, quand j’ai écris ce son là, je me sentais pleinement confiant. Ça faisait déjà quelques temps où avec LRSN*, on s’était mis à faire du rap plus sérieusement. On avait commencé à faire hyper attention à nos images, à nos univers, à tout ça… On voyait de plus en plus nos capacités à faire quelque chose avec le rap, en le taffant de façon plus concrète et plus carrée.
Pour ma part et malgré ça, j’avais (et j’ai toujours) un immense besoin de garder les pieds sur terre. Malgré ce nouveau cap dans notre travail et cette confiance, j’ai souvent une peur - sûrement protectrice - de me dire que cet engouement ne va pas forcément exister pour toujours. Et ce risque là devient encore plus énorme si on ne bosse pas et n’évolue pas dans notre travail. Je sais bien que ce genre de doutes peut être nocif quand on les poussent jusqu’à un certain point mais dans mon cas ils sont utiles, parce qu’ils me permettent de ne pas me laisser matrixer par un trop plein de confiance en prenant le risque d’admettre certaines choses pour “acquises” alors qu’elles ne le sont pas. Aujourd’hui, rien ne dit que ça va marcher quand on voit les petits chiffres qu’on fait. Rien ne le prouve. Et ma crainte, c’est de me propulser trop vite quelque part où je ne suis pas encore.
Quand à la question du Ob canalisé… En gros, ce son là aussi est né pendant ma rupture ! Ma seule porte de sortie face à la tristesse a aussi été - entre autre - ces prises de conscience et l’envie de la jouer sérieux dans le rap. Au final avec tout ça, entre la douleur de la rupture, mes moments solitaires et ma décision de me concentrer sur ma musique : je me suis retrouvé à être face à moi-même. J’étais le seul juge de ce que j’étais réellement et de ce que je voulais devenir et je me suis surpris à me lâcher vraiment. Avant, je cherchais à prouver des choses à plein de gens : à ma copine, à des potes… Mais j’ai fini par d’abord me prouver des choses à moi-même et ça a pas mal changé la donne.
(Photographie : Martin Cayssilié)
LA CLÉ 3 : “J’SUIS DANS UN JEU COMME À LA BANQUE, J’PENSE FAIRE UN BRAQUAGE ALORS QU’JSUIS JUSTE VENU RETIRER, J’CROIS QU’JAI UN GUN ET QU’J’VAIS TIRER” - LoveSex
Aaaah celle-là, elle a fait parler dans l’équipe ! Ils se foutent de ma gueule quand je dis « je crois que j’ai un gun et que je vais tirer » parce que ça fais très cowboy genre, très western, et nous on est pas ça du tout ! (il rit) Et très justement, cette phase part un peu d’un sorte de délire d’auto-dérision.
Comment t’illustrer ça… Aujourd’hui, par exemple, on a fait ce shooting photo pour lequel je suis arrivé avec mes petites lunettes, mon petit collier… Et j’ai calculé tout ça. Je me suis sappé en conséquence, j’y ai réfléchi. Ça, c’est quelque chose que je commence à faire depuis peu seulement, ce travail sur mon “personnage”, cette attention portée à mon image et cette envie de ressembler à celle que j’ai envie d’avoir. Je bosse sur mon identité dans l’envie, justement, de faire du rap sérieusement et ça ne passe pas uniquement par le fait de faire du son.
Le coup du braquage, ici, c’est une métaphore un peu double : un côté auto-dérisoire de cette phase de recherche et de travail sur mon personnage, un peu comme dans un film, un peu comme si j’avais envie d’être un de ces mecs stylé là, qui braque des banques avec classe (alors que quand je vais à la banque, c’est vraiment juste pour retirer des sous) ; et un autre côté qui joue avec l’idée de “braquer le rap game”. Tu arrives, t’as peur de rien, tu prends tout, tu t’imposes.
LA CLÉ 4 : “DEMANDE À L’ÉQUIPE, ELLE EST TÉMOIN, J’VOULAIS RESTER LOIN PAS VRAIMENT ÊTRE DANS LE JEU” - 130DÉFAUTS
Alooooors, pour commencer il faut savoir un truc : j’ai une histoire d’amour infiniiie avec les blazes. J’adore en inventer et en trouver une vraie utilité et le fait d’en avoir un qui me plais vraiment me motive à travailler encore plus.
Quand j’ai débuté dans la musique, j’ai commencé solo à faire des prods dans ma chambre. Je faisais les miennes et j’en faisais pour des potes. À l’époque, j’avais un blaze unique pour mon travail de beatmaker et pour celui de rappeur. À la fin, j’ai trouvé ça un peu flou… Alors un jour, j’ai décidé de scinder mes mondes en deux, on va dire. J’ai inventé un blaze de beatmaker et un autre pour le rap. Côté beatmaking, avoir ce nom “dédié” m’a sur-motivé à travailler encore plus mes prods, j’ai commencé à en vendre et à me faire des sous avec, je construisais à fond l’univers de “ce blaze là”, en gros, je me suis concentré longtemps beaucoup sur le beatmaking et j’ai fini par délaisser le rap. Je me souviens même m’être questionné sur le fait d’arrêter ou non…
Pendant toute cette période où je vendais mes prods, faisais mon argent et rappais peu, j’ai développé un vrai attrait pour cette idée du beatmaker qui reste dans l’ombre mais gagne sa vie et vit de sa passion. Ça m’allait bien, la lumière ne m’intéressait vraiment pas. Sauf que voilà tu connais l’histoire… Le rap est revenu en force dans ma vie pour plusieurs raisons, et il a pris une place majeure voir centrale pour moi depuis quelques temps. Je fais toujours des prods mais mes réflexions me mènent finalement plus vers le rap. Aujourd’hui, on va dire que je me vois beaucoup plus “dans le jeu” ! J’étais clairement pas parti en direction de la lumière, mais je la considère maintenant un peu plus, même si pour rester honnête elle n’est pas mon but principal. On a pas envie d’être sur-exposé ! Il faut trouver le juste milieu… Il y en a, ils mettent des cagoules ! (il rit)

(Photographie : Martin Cayssilié)
LA CLÉ 5 : “ J’SUIS PAS UN OG, J’FAIS PAS DE FOLIE, MOI J’Y VAIS DOUCEMENT, DOUCEMENT, PROMIS. MOI J’AI PAS PEUR, ILS DORMENT SUR NOUS, MAIS OB GRANDIT” - Mes Loups
Cette phase, c’est toujours cette même idée fixe : on fait plus ça pour rien. Ce mindset là te pousses à grandir, à t’impliquer à cent pour cent. Je culpabilise et m’en veux assez vite, d’ailleurs, quand je n’estime pas m’être donné assez à fond à mon goût… Je n’ai que 21 ans mais je me mets déjà une grosse pression, j’en ai conscience, j’ai sûrement envie de grandir un peu rapidement mais je sais pas… Je crois qu’il le faut pour évoluer là dedans.
Enfin voilà, c’est une pure phase sur l’ambition hein ! On fait les choses doucement, pas à pas, on ne grille pas les étapes et on réfléchit nos mouvements. On y va tranquillement, parce qu’on est pas non plus comme des mouches irrémédiablement attirées par la lumière, mais on vit notre passion à fond. On prend ça comme notre vrai boulot!
Et justement, a force de rêves et de travail pour les atteindre, à force de réflexions, à force d’expériences personnelles aussi (ses ruptures, son déménagement dans le 92) et bien Ob grandit hein ! Il y a un son, d’ailleurs, dans lequel je parle de ma maman qui voit ce changement là, cette prise de maturité. De toute façon ça doit sûrement être l’une des choses desquelles je parle le plus dans mes sons, le changement, l’ambition, l’évolution.
(Photographie : Martin Cayssilié)
LA CLÉ 6 : “LRSN CHARBONNE FORT DANS LE STUDIO, BIENTÔT ARRIVE DANS TES ÉCOUTEURS, OB CENSURE SES SONS POUR FAIRE PLAISIR À DES ZIGOTTOS, FUCK LE NOMBRE D’ÉCOUTES” - Fédéblizar
Concernant LRSN : en fait, c’est la contraction de LARSEN, le nom du collectif qu’on forme avec des potes que j’ai rencontré lors de mes études. On s’est réunis entre autres autour du rap. Ginger, l’un des mes potos du groupe, s’intéressait au rap depuis plus longtemps que nous quand on s’est tous rencontrés et c’était le plus à l’aise, le plus avancé à ce moment là. Il m’a beaucoup appris, c’est lui qui m’a fait passer du rap en anglais au rap français et qui m’a donner l’envie d’en gratter sérieusement. Il nous a tous pas mal influencés et on s’est beaucoup nourrit et motivés les uns les autres. Aujourd’hui LRSN c’est donc Ginger mais c’est aussi Gouz, Sam, Zefa, Platt… Et tous ceux qui bossent avec nous sur nos projets, en vérité, on est plein !
Et puis sur le reste… C’est dur à expliquer ! En gros, il y a une période de ma vie où j’ai fais du graf. C’est un milieu hyper compliqué. J’y étais arrivé par l’intermédiaire de la musique grâce à un pote de LRSN qui en faisait aussi, et naturellement, j’en parlais dans mes sons. Je mentionnais le graf, je parlais de cannettes, de cutters dans le sac, de l’adrénaline du truc… C’était prenant dans ma vie donc ça me semblait naturel d’en parler, et c’était un genre d’hommage au graf’ et à mes potos qui en faisait. Un jour, j’ai mentionné un truc et ça a créé des soucis dans le milieu. Je ne m’étais pas rendu compte que ça pourrait avoir des conséquences et ça a créé un gros désaccord avec quelques personnes. Pour faire court, j’ai dû supprimer le clip et le son pour le ré-upload en coupant toutes les parties problématiques, on a perdu des stats, c’était relou… Bref, expérience de censure, on va dire ! Ob a censuré ses sons pour faire plaisir à l’époque. J’ai regretté, mais bon depuis on a tous grandi et tout ça est oublié ! Et j’ai plus envie de me censurer, ça, c’est certain.
Rédaction / Interview : Lilia Lrd





















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