BATTAGLIA, VISER LE MIRAGE POUR ATTEINDRE LE MIRACLE
- Reivil
- 1 mai 2023
- 8 min de lecture

(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)
Une décharge abandonnée, un air de guitare…
Alors qu’une foule s’attroupe autour de ce qui semble être un combat de boxe sans règles, au milieu de ce champ de bataille, une silhouette s’avance en boitant.
Béquille au bras, tout de blanc vêtu, BATTAGLIA manigance quelque chose.
Au vue du décor, on pourrait croire qu’il est là pour des affaires de carrosserie, mais hélas, il n’a pas le temps de parler véhicule, il a de sombres desseins à accomplir…
C’est avec un style à mi-chemin entre rockeur et dandy en cravate que BATTAGLIA opère, et tel un chirurgien de la réalité, c’est à cœur ouvert qu’il nous emmène avec lui dans ses rêves différents.
Il ne faudra pas se perdre, car c’est entre les coups de caisses claires stridentes et les basses électros que sa voix résonne pour nous inviter à rester “ensemble toute la night”.
On fera l’impasse sur le fait que BATTAGLIA ne “parle pas bien l’anglais”, et qu’il était lazy dans une ancienne vie, car aujourd’hui il est wicked et prêt à faire le boulot.
“J'VAIS T'MONTRER COMMENT J'PEUX FOUTRE LA PAGAILLE”
Ars Magna vous invite à “prendre de l’élan, et sauter dans la foule” grâce aux sonorités originales proposées par BATTAGLIA, et pour les comprendre, quelques images et 6 clés.
LA CLÉ 1 : “J'AI D'LA BEUH DU PANAMA, BIENTÔT J'VAIS COP UN HAMEAU, OU POP UN MORCEAU D'ÎLE OU Y'A DES CROCODILES” - Hélas
Cette phase, je l’ai écrite dans les conditions du premier EP. C'était à la sortie du premier confinement, où j’avais fait énormément de musique. J’étais encore sous 6ix (l’ancien nom de Battaglia), et ce confinement nous imposant à rester chez nous, je me suis mis à taffer des sons et j'en ai fait énormément.
Je suis passé par 3 phases : la fin de 6ix qui était encore du rap, la phase électro qu’on a pu entendre cet été, et tous les sons que j’ai créé après, “Hélas”, “Dossard”... Tout ce qui est arrivé sous Battaglia, en fait.
Et cette phase précise, je la trouve efficace et surtout pleine de sens. Elle parle de mon vécu, et de quand j'avais les deux pieds dans la drogue, de mes relations : des gens biens mais qui sont, pour la société, pas toujours fréquentables apparemment.
Au fond, je rêve qu’on ait plus besoin de tout ça, un jour. Qu’on se rappelle de notre passé en mode : “Tu te souviens quand on était dans cette merde ? Et bah maintenant on est sur cette île où il y a des crocodiles dangereux et il faut faire attention à se baigner carrément !” (rires)
Tu vois, même si t’es pas forcément installé sur cette île, j’ai une vision où tu pars juste avec tes gars, ceux avec lesquels t’as galéré, ceux qui sont toujours autour de toi, ceux qui sont là depuis le début.
C'est avec eux que je m’imagine sur une plage avec en gros cette idée... : “Yes… c’est les premières vacances payées grâce à la musique”.
L’argent de la musique, je veux qu'il aille là. L’argent du travail de façon générale, parce que ça aurait pu être autre chose, j'aurais pu être boulanger, ça aurait été pareil.
C'est que de la joie, du bonheur et de la réussite au final.

(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)
LA CLÉ 2 : “J'REGRETTE QUAND C'EST L'ÉTÉ, POURTANT J'VEUX MOURIR AU FROID, GUÉRIR MES DOULEURS AU FOIE, YEAH, J'RÊVE PAS D'CANCÚN, J'RÊVE D'HELSINKI" - Ganjalist
Tu fais trop plaisir de l’avoir repéré ! Je la kiffe !
Elle parle d’une chose très simple en fait, déjà, pour le rapport avec Helsinki et tout ça, je supporte très mal la chaleur ! Tu vois, moi, je vis l’été à Lyon et depuis 4 ans, je ne bouge pas trop. S'il n’y a pas un endroit pour se jeter à l’eau, je trouve que la chaleur ça ne sert à rien, concrètement !
Et donc, je crois que je rêve plus d’aller en Suède ou en Norvège que dans un endroit dans lequel on ne pourra même plus vivre dans 10 ans.
Je suis très attiré par les gens du Nord, aussi, ils ont une culture du bonheur qui est toute autre.
Et “j’regrette quand c’est pas l’été” parce que l’été c’est quand même une belle période, en France en tout cas. Je me rappelle des étés quand j’étais petit, mes souvenirs de vacances... c’était évidemment très agréable. Pourtant, j’ai toujours envie de mourir au froid (rires).
Et enfin pour “mes douleurs au foie”... si les gens écoutent ma musique, ils comprendront vite pourquoi je les aient ! J’essaie de les guérir en tout cas.

(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)
LA CLÉ 3 : “J'IRAIS NUL PART SANS TOI, COMBIEN D'FOIS FAUDRA T'LE DIRE ? ET QUAND LES GENS APPLAUDISSENT, SACHES QUE JE PENSE À TOI” - Boulot
(il rigole)
Ah... j’en rigole et j’en pleure en même temps.
Je sais pas quoi te dire gros, ça parle d’une fille hein.
(rires)
En tous cas, j’espère que celle pour qui je l’ai écrite l'entend, c’est surtout ça.
Ça m'arrive souvent d’être en live et de penser à des gens qui sont pas là. Finalement quand je dis “je pense à toi”, j'ai envie de dire que ça parle d’une fille mais pas que. Ça parle généralement de tous les gens qui ne sont pas là. En live, je regarde les gens dans les yeux en criant “À toi”, “À toi”, “À toi” pour aussi me rappeler de ces moments-là.
On va dire que ça encadre tout ça.
(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)
LA CLÉ 4 : “FAUDRAIT RECOMMENCER, FAIS ÇA COMME À L'ANCIENNE, J'SUIS DANS LE BALANCIER, J'PASSE PAS PAR VALENCIENNES, MAIS J'FAIS TROP L'ROMANCIER” - ENSEMBLE
C’est une phase qui te fais faire un peu comme ça “en avant en arrière, en avant en arrière”...
Ce genre de phase qui est là pour la technique et pour la beauté de la chose, parce que c’est la base de mon travail, j’ai appris comme ça.
Tu sais, on vient du rap à l’ancienne, nous.
Il n'y avait pas d'autotune, de base. Et pour les grands qui m’ont appris à écrire au début, c'était la hchouma d'en mettre. Moi, j’ai appris avec des mecs qui étaient des "techniciens", d’ailleurs je passe un s/o à Vinz, mon grand, qui m’a vraiment appris à écrire. Je sais pas si t’as écouté du Lomepal à l’ancienne, qui est pour moi l'un des meilleurs techniciens (genre sur des Grünt) ou du Caballero. Ces gars là sont à mes yeux des techniciens TRÈS haute couture. Et, bah je pense que mon gars Vinz est meilleur. C'est mon avis personnel, on discute pas les goûts et les couleurs.
Et donc Vinz, justement, m’a appris à écrire. C’était dans notre culture d'écrire des phases multisyllabiques avec des retours à la rime, et un minimum de sens. Et s'il n'y a aucun sens, alors c'est fait exprès. A ce moment là, tu mises sur du gros flow. En gros tu écris et tu choisis le sens, le flow, ou les deux.
Aujourd’hui, j’ai beau essayer de faire autre chose, de faire du rock, du punk, du métal même... Ce besoin d’écrire avec une certaine technique est resté. C’est plus fort que moi, je ne peux pas écrire une phase de merde basique !
A-B A-B j’y arrive pas. Si je fais A-B A-B je vais faire A-B-B-A-B-B-A derrière, sinon ça va être trop simple.
Ca vient de la manière dont je suis entré dans la musique, en étant passionné de mecs comme la FF, NTM, IAM, Le 3ème Oeil, Xmen, tout ça c’était la technique, de la rime ! Même Alpha Wann ! J’ai oubliééé de citer Alpha Wann, mais aujourd’hui il est meilleur que tout le monde ! Enfin voilà, je suis né (dans la musique) avec des trucs comme ça, Alpha n'existait pas encore quand j’ai commencé mais c’est en gros ce qu'Alpha produit aujourd’hui que j’aurais aimé produire 15 ans en arrière !
Sur le reste de la technique, j'ai fais du rap sans autotune pendant peut-être 7 ans. Quand je suis parti en solo, j’ai fais un album entier sans autotune. Mais après ça je suis rentré direct dedans parce que j'ai vu les capacités que je pouvais amener : genre, je pouvais faire des voix d’alien, alors que je ne peux pas sans autotune. Et maintenant que j'ai ridé avec l'autotune presque 10 piges je suis en train de revenir à des trucs sans et ça fait du bien aussi !
Finalement, tout ce que je viens de te dire se résume dans la phase : “fais ça comme à l’ancienne”. C’est tout ce que je suis depuis le début. Quand je dis “j’suis dans le balancier”, c'est justement ce truc d'un coup je suis à l’ancienne, un coup je suis dans l’autotune, un coup je sais plus trop où je suis...
Bon, je suis bourré aussi. Je suis tout le temps bourré, donc à droite à gauche... Ça balance ça balance ! Ma vie est un balancier tout court, en fait (rires).

(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)
LA CLÉ 5 : “BOMBE COLLANTE, FLÈCHE DE GAUCHE, J'ME CROYAIS DANS GTA. J'ME SENS MIEUX QUAND J'BAISE DEUX GOWS, J'ME SENS MAL QUAND J'BAISSE LES BRAS ” - Dossard
Groooosse phase pour GTA parce qu’on joue beaucoup. Et big up à mon poto Sammy, avec qui on a sorti cette phase.
“Bombe collante sur ces fils de pute”, c’est un truc, une expression, qu’on dit de base dans la vie. En gros tu vois les merdes de ce monde ? Les gens avec qui tu t’entends pas, les façons de penser que tu comprends pas... Pour nous c'est bombe collante sur ces fils de pute, BOUM !
Bon c'est de l’humour hein, on fera jamais ça, on est pas des kamikazes. Maaaais, c’est une expression qu’on utilise.
Et “J’me sens mieux quand j’baise deux gows, j’me sens mal quand je baisse les bras” ça c’est plus de l’egotrip pur et dur. L’important c’est pas forcément qu’il y en ai deux, là c'était vraiment pour faire stylé tu vois, c’est plutôt simplement que j’me sens bien quand j’ai une relation et que je me sens mal quand je la gère pas. Quand je n'ai pas été capable de la gérer, je me sens mal "de façon générale" (dans la vie).
J'aime juste pas baisser les bras. Dans la vie, la musique... Des fois, je vais me planter, mais putain tant que ça passe pas je vais pas baisser les bras.

(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)
LA CLÉ 6 : “C'EST UN MIRACLE, J'SUIS DANS L'MIRAGE, PUTAIN, C'EST BEAU. PAS D'PLACEBO, MA PLACE EST BELLE, MAMMA MIA" - No cap
Là, je remercie le ciel ! En plus dans ce son, je suis pas trop dans le dark mood, je trouve.
“C’est un miracle je suis dans le mirage” : parce que même si je parle souvent de la merde, j’aime bien parler des trucs bien aussi. Cette phase elle est là pour ça : je réalise que finalement c’est pas si mal, quand tu regardes autour de toi et que tu te dis “putain ça va, en fait”.
Tu le fais petit à petit. Tu regardes à l'échelle d’un pays, tu vois comme c’est la merde tout autour de chez nous, tu te dis "bon ça va, nous c’est de la merde mais ça va".
Puis tu regardes à l’échelle de ta ville, puis de toi, de ton statut, de ta famille, de qui tu es.
Et à nouveau en recentrant tu arrives à te dire "Woah... Je me plains mais y'a pas à se plaindre, ça va, en fait" ect...
Avec du recul, j’ai beaucoup douté de moi dans ma vie. Tout le temps. Même encore aujourd’hui. Cette phase me rassure, elle me dit vas-y gros, regarde mieux, regarde plus loin, c’est bien aussi ce que tu fais, et ça va en fait !

(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)
Rédaction / Interview : Reivil












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