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DND, TRAJECTOIRE ÉLECTRIQUE D’UN SPECTRE AUX MILLES VISAGES

  • lilialrd
  • 17 mars 2024
  • 11 min de lecture

(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)



Pas l’ombre d’un corps, pas un éclat de voix, pas de traces humaines à 100 km à la ronde. L’ambiance est lourde, pesante, électrique. Le ciel gris-noir est traversé par l’orage.

Ici tout glitch, tout bug, sur tous les appareils, c'est No Signal.

On croirait l’apocalypse. La fin du bal des Hommes.

Il ne reste qu’un Malvde encore debout. Un K-isolé que la hargne maintient. Fils de Namek, il avance masqué, le visage entièrement flou. Personne, depuis la chute du monde, n’a jamais pu le déchiffrer. Mystérieux, DND est spectral.

Il approche. Ses pas sont étouffés par la neige, son ombre noire semble se refléter sur le sol, maintenant Tout Blanc. On sent sa présence qui approche alors que le froid s’intensifie. Pas de fuite possible, ici, pas de Plan B. Il sera bientôt impossible de l'ignorer.

Il le sait, il est serein. Le sort de la terre est entre ses mains.



“T'ARRÊTE PAS MON G TANT QU'T'AS PAS CROISÉ OBAMA POUR FAIRE UN BASEBALL”


Aujourd’hui, Ars Magna part à la découverte de l'univers spectral d’un jeune rookie sur lequel on garde un oeil sérieux... Rien que pour vous, voici DND en 8 images, 6 clés.



(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)



LA CLÉ 1 : DND MODE RAZ-DE-MARÉE, BIEN LOIN DES RATS D'LABO, J'SUIS L'CHERCHEUR, LE COBAYE, LE MÉDECIN, C'EST MESSED UP” - Tout Blanc



Elle est un peu contradictoire, cette phase ! Comment te l’expliquer… 

La vérité, c’est que dans les faits : je suis un peu un rat de labo. Je reste dans ma chambre à faire du son pendant des heures, j’écris, je pose, je tente… Un peu comme un chercheur, je multiplie les tests musicaux. Mais je ne suis pas un rat de labo au sens de ceux qui créent à la chaîne des trucs qui perdent de l’âme, surtout pas. 


L’un des principaux attraits de ma musique naît plutôt d’un genre de « labo indépendant » que je me crée dans ma tête, parce que je m’y autorise à pousser tous mes délires à fond. Entre ces quatre murs, je vais d’abord écrire et poser un texte brut, à l’instinct (je fonctionne la plupart du temps comme ça quand j’écris, de manière un peu "classique" on va dire) puis le réécouter... et l’habiller, le faire renaître, tu vois. Avec tout ce que j'imagine de possible à l’écoute comme effets de voix, genre de sound design, points de mix… Ça donne la quasi-totalité de mes morceaux où t’as des glitchs, des bugs, des distorsions, des bruitages un peu partout. C’est de la chirurgie ! 

Alors quand je dis « j’suis le chercheur, le cobaye, le médecin », c’est ça, c’est que je travaille avec plein de monde sur des points techniques que je maîtrise moins, et c’est super important parce qu’il faut plusieurs regards, mais que je reste actif sur la totalité du processus créatif.


Tout ça, c’est trop important pour moi, j'ai besoin d'expérimenter un maximum et de voir jusqu'où je peux aller à chaque essai, et petit à petit, ça ne peut que créer quelque chose d'unique. Ça fait partie de mon monde à moi : un peu malicieux, un peu mystérieux, un peu spectral et déconstruit… 

Tu sais quoi, là, j’y pense, mais je crois que ça date de mes premières tentatives dans le rap. On a souvent pu me comparer à d’autres artistes déjà en place, et à l’époque, la vérité, ça faisait trop plaisir ! Je pense que c’est le cas de tous les artistes au début, quand on se cherche, et c’est grave important de passer par là. Sauf que rapidement, quand j’ai trouvé ce que j’aimais et la manière dont je voulais le faire, c’est devenu pesant. Ce n'était plus un compliment de ressembler à untel, parce que si tu rappes de la même manière qu’un mec déjà connu qui a percé grâce à sa façon de faire, il y a de fortes chances que tu fasses ça moins bien que lui, et que, par conséquent, tu deviennes complémentaire inintéressant. Ça m'a fait plaisir d’être comparé à des gars que j’aime bien, maintenant, j’ai envie d’avoir mon propre univers, ma propre palette artistique. 


Bon, je vais pas te mentir, tout ne va pas sortir du labo, loin de là ! (Il rit)

Ce ne sont pas toujours des tests à succès ! Je fais des trucs bizarres, risqués… C’est aussi ça, le principe du labo. Pour tout dire, une fois que j’ai la base de texte, j’aime bien foncer en mode chercheur fou, oreilles bouchées, yeux fermés, tête baissée et je fais tous mes tests. Je ne prends de recul sur les rendus qu’après. Forcément, l’inconvénient, c’est de vite s’éparpiller, voire de se perdre. Ça m’est beaucoup arrivé quand je n'étais pas convaincu de vouloir retourner en arrière, ou même juste d'en être incapable car je ne me souvenais même pas de comment j'étais arrivé à ce résultat. Pas moyen de retrouver le délire de base que j'avais pu avoir au moment de la création. Mais j'y travaille !



(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)



LA CLÉ 2 : “ELLES SONT INFIMES LES CHANCES, UN PEU MOINS DEPUIS QU'J'DONNE MES TRIPES, BAH NAN DND MAIS C'EST PAS MÉCHANT, IL EST JUSTE COMPLIQUÉ CE CHEMIN" - BBBB



Je me suis rendu compte d’une chose : il y a une importance cruciale, dans le rap comme dans la musique ou l’art en général, à marquer les gens en se livrant. La musique est un art qui marche encore mieux quand il est honnête, sincère. Du moins, c’est la façon dont je le ressens. On touchera les gens avec une musicalité, un flow, un univers… Mais on les gardera avec la sincérité. 


Mon rap n’est pas forcément des plus simples. Même s’il est de prime abord assez classique, les multiples effets de mes sons et mon univers où tout se mélange rendent un peu « flou » quelque chose qui pouvait être évident. Tu regardes mon morceau BBBB par exemple, c’est du tout moi : débite de fou, plein de glitch, plein de bugs… j’ai brûlé mon labo ce jour-là ! Sauf que typiquement, on peut plus facilement s’accrocher à cet univers, l’aimer ou s’identifier à lui si en plus d’oser tester ces effets, j’ose aussi me livrer dans mes morceaux. Ça fait alors deux points d’accroche pour le public. Depuis que je l’ai compris, j’ai de moins en moins peur d’y mettre mes tripes. C’est pas forcément simple, l’une de mes techniques pour ça, c’est d’écrire toujours quasi immédiatement après avoir vécu un événement qui me bouscule et qui m’inspire. Peu importe où je me trouve, je sors mon téléphone et j’écris. Je sais pas, étant à chaud ça me débloque… Je pense que l’instant T rend plus fortes mes émotions brutes que ma peur de les exprimer, alors, je les laisse volontiers se déverser dans ma musique. 


Quant au reste de la phase, c’est simple : ce milieu est bouché mais je l'ai choisi quand même. Je connais un rappeur par étage d'immeuble parisien. Il y a littéralement plus de rappeurs que de boulangers dans la ville. Qu’importe, je choisis quand même le rap, et je vais me construire mon propre étage d’immeuble, même si on est 15 milliards à vouloir la même chose. Je veux trop faire partie de cette immense machine, de cette histoire-là. 

Maintenant, la vérité, comme tout le monde, je veux évidemment sortir du lot… 


(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)



LA CLÉ 3 : “J'COMPRENDS PAS LEUR DEL, D'ÊTRE LÀ, D'ATTENDRE, D'ATTENDRE QU'ÇA TOMBE, LÀ J'AI PEUR, FAUT QU'J'Y ARRIVE, J'SUIS LOIN DU RÊVE” - Le bal des Hommes



Je suis un peu angoissé, il faut le dire. 

C’est flippant.

Je commence depuis quelque temps seulement à être dans un truc où j’ai confiance en moi, où je suis fier de moi et de la qualité de ce qu'on atteint et d’ailleurs, j’ose le dire dans CLVB quand je lâche en dernière phase « c'est très quali là mais personne n’écoute », parce que j’ai conscience qu’on a du chemin à faire auprès du public comme dans notre taff, mais j’ai aussi conscience qu’on fait quelque chose de bien. Quand je te dis « on a du chemin à faire » je te parle de mon équipe, qui me soutient et avec qui on va toujours se pousser à aller plus loin. Je pense à mon manager / beatmaker / vrai frère Sinner, sans qui je ne ferais rien de tout ça et qui est là sur tous les processus, qui vient aussi m’aider niveau paperasse, en gérant tous ces trucs angoissants qui me freineraient dans mon temps de création… je ne lui dirai jamais assez merci d’être là. Je pense aussi à mon cousin, Ldzp,  avec qui j’ai commencé le rap. C’est avec lui que j’ai tout découvert, que je monte sur scène lors des concerts et avec qui de sacrées choses se préparent... faudra pas rater ça ! En attendant, allez streamer Ldzp en bombe !


Enfin voilà, ce morceau, c’était un peu tout ça. Mes peurs face à cette carrière, mon équipe avec moi, mes questionnements, les trucs où je suis plus confiant… Le rap, en fait, c’est le bal des Hommes. C’est la métaphore de ce truc blindé de monde où il y en a qui dansent bien, d’autres qui enchaînent des mouv’ louches pas tops, encore d’autres qui sont assis sur le côté alors qu’en vérité ils dansent mieux que tout le monde, t’as ceux qui attendent le bon moment pour se lever… Et au milieu de la masse, toi, tu dois pas te laisser submerger, tu dois avoir autour de toi les bons danseurs, faire les bons pas au bon moment, chorégraphier ton truc. 



(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)



LA CLÉ 4 : “RÉVEILLE-TOI MON AMI LÀ LE TEMPS PASSE, FRÉROT J'SUIS RÉVEILLÉ LÀ, LAISSE-MOI, J'DORS 4H PAR NUIT, L'ÉNERGIE EST MINABLE MAIS LES FLOWS SONT BONS ALORS QU'EST-CE T'AS ?” - PLAN B



Ce morceau, c'est la quintessence de l’utilisation de ma « petite voix intérieure ». Ces discussions avec moi-même, ces échanges entre DND et sa voix grave et DND et la voix aiguë nasillarde de son petit « diablotin » intérieur… Dis comme ça et si on écoute mes sons de la mauvaise manière, on peut penser : « ouais chelou de parler de lui à la troisième personne », et ça peut faire un peu péteux, un peu egotrip prétentieux mais pas du tout ! Je tiens ces genres de « conversations avec moi-même » dans une idée totalement différente.


En fait, je dissocie énormément DND et moi, c’est-à-dire ma vie artistique de ma vie perso, tout ce que je suis en dehors du rap. Déjà, c’est important pour bien vivre de ma passion parce que sinon ça me graille, je me perds. Il me faut absolument cet équilibre, d’ailleurs, c’est grâce à ce que je vais vivre dans ma vie en général que j’écrirais mieux dans ma musique.

Ensuite, c’est aussi un choix artistique que je trouve super intéressant. Justement, ça revient au labo, ça permet de créer un vrai univers, de varier les mixs, les voix, les interprétations… Ça dynamise un morceau, ça crée de la profondeur. Pendant ton écoute, t’as tout ton cerveau qui participe : ça rebondit, ça fait des retours en arrière, ça se questionne… un film, le bail. Et c’est exactement pareil dans ma tête ! 


J’suis plein de doutes et de pensées et ça me fait du bien de pouvoir toutes les sortir sous cette forme là. Et puis je dois dire que ça rend moins difficile pour moi le fait de me confier sur certaines choses moins simples, puisque c’est « mon autre voix » qui va être plus dure, plus aggressive, plus angoissée… Je me cache un peu derrière, elle me protège. Parfois, clairement, cette voix est contre moi dans mes morceaux. C’est à l’image de mes combats intérieurs plus ou moins assumés et avec du recul, ça me permet de réfléchir, de me comprendre, peut-être même de trouver des réponses. 

Et enfin, cette voix un peu inquiétante participe au côté spectral « flou » de mon monde. Je raconte des histoires sans donner de contexte. J’reste une entité pas identifiée qui permet justement aux gens de s’identifier à elle, parce qu’elle expose des pensées, des émotions, des expériences, des mots qu’on peut tous partager. 


LA CLÉ 5 : “C'EST PAS L'CHEMIN L'PLUS FACILE, SI SEULEMENT J'ÉTAIS PAS SI FASCINÉ” - Blue


MORCEAU DISPONIBLE BIENTÔT...


On l’a rec au studio hier celui-là ! 

Non, pour te définir la chose… c’est très simple. En fait, je me rends compte que je n’ai plus le choix. J’ai trop investi dans le rap, j’y ai donné mes tripes, mon temps, mes nuits ; j’ai passé des heures à le pratiquer… Je ne peux pas abandonner. C’est vital. 

J’espère et j’ai besoin que cette détermination reste inébranlable. Je dois et je vais persévérer, j’ai encore tellement à apprendre… Je suis déjà tellement sur la bonne voie ! Sans ne parler que de réussite professionnelle, d’ailleurs, c’est aussi une aventure personnelle que je veux vivre. Je veux rester fasciné. 

J’ai tout ça, je vais l’entretenir… Maintenant, il me faudra aussi un peu de chance un jour ! Que le bon boug écoute ce que je fais, me rencontre ! 

(Photographie : Laetitia Prioux - @itslaetitia.jpeg)



LA CLÉ 6 : “SI MAMAN PLEURE C'EST POUR TOI, SI PAPA TAPE C'EST POUR TOI, ILS SAVENT PAS COMMENT FAIRE, TOI T'ES LÀ, TU LA BOUCLEs, PLUS RIEN SORT DE TA BOUCHE, ET SI TU LEUR DISAIS, LE PARI EST RISQUÉ MAIS ATTENDS ATTENDS ; ARRÊTES TON CIRQUE, PENSE À NOUS PUTAIN, FAIS UN TRUC, ARRÊTE CETTE MERDE ÇA REND FOU, T'FAÇON ON A BIEN VU QU'T'AS CHANGÉ, TA MUSIQUE DE MERDE VA RIEN CHANGER“ » - Lui ou Moi




Je disais tout à l’heure que j’avais tendance à être angoissé, et ce notamment par la construction de ma carrière musicale. Tu te doutes bien qu’à ce sujet, pour mes darons, c’est encore plus angoissant…

J’aurais parfaitement pu suivre un parcours de vie plus « classique ». J’étais loin d’être bête à l’école, j’avais toutes les capacités pour me permettre de choisir parmi plusieurs trucs. Mais, cliché, le rap m'a eu.

Il faut savoir que mes parents sont de gros amateurs d’art, de façon générale. Ils se sont toujours intéressés à tout un tas de disciplines et j’ai été éduqué dans cet univers où on parlait d’art tout le temps, où une grande partie de mon éducation reposait sur la question et où on forçait toujours la curiosité, la découverte et la réflexion. Pourtant, leur sensibilité artistique n’empêche pas à mes parents d’être très terre à terre quant aux questions d’une carrière dans le domaine, encore plus du côté du rap. Ce n’est d’ailleurs pas quelque chose que j’ai découvert avec eux, ils m’ont éduqué avec tout un tas de sonorités différentes, nos voyages en voiture étaient ponctués de Nirvana, des Beatles et d’AC/DC… mais jamais de rap. 

Le rap, je l’ai découvert avec des potes et avec mon cousin, dans mon coin. Là où l’éducation de mes parents a servi, c’est que je m’y suis penché avec curiosité, envie, esprit critique et profondeur très rapidement. J’ai compris que j’aimais cette musique, et j’ai compris qu’elle pouvait être justement nourrie de toutes les références léguées par mes parents et mon éducation. 

Je les remercie pour ça, infiniment. Autant que je les remercie car ils sont profondément bienveillants, présents pour moi et j’en ai conscience. Ils ne sont pas contre moi. À une époque j’ai pu le croire parce que j’étais tellement perdu moi-même que je peinais à voir que c’était aussi de leur côté une inquiétude normale. 

Ce morceau, je l’ai écris après une dispute réelle avec eux. C’est évidemment interprété et souvent imagé mais dans l’ensemble, c’est une situation vraie. Je l'ai écrite en one shot, une heure après l’altercation, le texte existait. Il est donc un amas des sentiments exacts que j’ai ressenti à ce moment-là. Avec du recul, je trouve qu’on voit que j’étais perdu et que je ne comprenais pas tout. Il n’y a qu’à lire le titre « Lui ou moi », c’est comme un ultimatum… Ça me permettait un peu de ne pas assumer, finalement. « Lui » c’était le DND du quotidien, celui que mes parents connaissent et « Moi » c’est le DND du rap. Pourquoi choisir? Je suis tout ça à la fois. 

Je sais que ça fait partie des morceaux que j’ai fait qui ont pu toucher mes darons, ce qui participe à les ouvrir à mon monde. 

J’en ai d’ailleurs reparlé avec eux, de tout ça, et tu sais quoi ? J’aurais été exactement comme eux avec mon fils, j’aurais eu aussi peur. Je ne leur en voudrais jamais.


Rédaction / Interview : Lilia Lrd





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