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yswanj, LES SECRETS D’UNE ÉNIGME À LA VOIX SUSPENDUE

  • lilialrd
  • 7 oct. 2024
  • 9 min de lecture

(graphisme : @remymartinshox)



Il fait noir dans la salle. Un murmure à peine perceptible la traverse et secoue les spectateurs assis. Tous les regards sont braqués sur la scène vide. Ce soir, l’Opéra affiche complet. Quelque chose de spécial s’y prépare. Un instant inédit, différent, hors du temps, loin du monde, proche du cœur. Sensible. Inspiré.

Inspirant.


Ce soir, à l’Opéra, tout est inhabituel. Ce murmure lui-même est mystérieux. Tout ce qui est réel semble pure Illusion. Soudain, des bruits de pas. Ils sont réguliers, contrôlés, lents. Confiants.

Propulsé dans un univers qu’il ne connaît pas, le public est maintenant happé par une ombre qui se projette sur le bois de la scène.

Il arrive.


La silhouette élancée approche dans le noir. Une première lumière s’allume enfin, laissant apparaître une étrange série de miroirs disposés en cercle au milieu de la scène. Sur chacun d’eux, une énigme peinte en larges lettres noires, à même la glace : Cannot Change, I Love You, Björk Cambiar, MANNEQUIN… 9 miroirs, 9 mots en noir.

Il approche.


Voici alors yswanj, et ses 9 reflets.

Il se tient droit, les bras le long du corps et porte une large veste parfaitement ajustée. Avec les miroirs, on croirait voir debout face à nous une série de mannequins parfaits, regards tournés vers le ciel. Vers l’après. yswanj est là, posté comme une statue, une idole.

Seul lui possède la clé du mystère.

Pour l’élucider, il faut oser son univers.

Tout l’Opéra retient son souffle, le public est-il prêt ?



“LE FILS DES ROIS MAGES EN LUNETTES MARIE-MAGE”


Aujourd’hui, Ars Magna part à la découverte de l’univers énigmatique de l’un de ses artistes préférés. Rien que pour vous voici yswanj en 1 image, 6 clés.

(Photographie : @caloulenka)



LA CLÉ 1 : J’AI COMMENCÉ LE SON EN 2015, NON J’ÉTAIS PAS UN MANNEQUIN” - MANNEQUIN



C’est très cool, que tu commences par ce son, parce que le terme « Mannequin » est la principale porte d’entrée vers mon univers, la base même de ma mentalité.


Dans ma tête, le mot mannequin a une signification beaucoup plus large que celle qu’on lui connaît. Je sais pas comment dire ça… Pour moi un mannequin, ce truc à l’allure tellement clean, c’est la perfection. C’est, dans mon taff niveau musique, l'image qui illustrerait le moment où tout mon travail, toutes mes recherches musicales et tout mon univers artistique deviendraient « entiers », propres, complets. C’est la finalité, l’objectif, le but en soi. A titre d’exemple, en gros, quand tu regardes certaines des figures musicales les plus influentes de notre époque - des gens comme Kanye - beaucoup sont partis de rien. Au début, c’est le néant. Et après des parcours parfois aussi difficiles qu’impressionnants, ils deviennent de véritables idoles. Ces gens-là ont atteint le stade « Mannequin ».


C’est assez marrant parce que c’est vrai que c’est pas forcément super intuitif au début de comprendre tout ce que cette mentalité « Mannequin » veut dire, donc ça a souvent été pris comme une référence à la mode (évidemment) mais aussi beaucoup aux artistes actuels qui sont modèles en parallèle, qui ont des marques et tout ça… Ces « gars instas » qui se sont ensuite mis à faire du rap. Ça a même été interprété pour un diss’ envers eux, sous entendu « moi j’étais pas mannequin » donc en gros « moi j’suis pas arrivé comme ça de nul part » mais pas du tout. En vérité je trouve super riche des artistes hybrides comme ça, qui allient le son à ces univers, ça apporte quelque chose à la musique de beaucoup plus vaste que le son en lui-même. Ça enrichit les attitudes, les flows, les DA toutes entières… C’est toujours des mouv’ intéressants et originaux, que je salue, je trouve ça cool.


Et sinon, quand je parle de 2015, je mentionne mes débuts. C’était il y a longtemps et j’essaie justement d’évoluer vers cette mentalité « mannequin » même si je suis encore loin d’y être. Cette phase elle fait un peu office de curseur, tu vois. En gros j’ai ce mental, je suis actuellement dans le grind, dans le process, sur la route vers cet objectif.



(Photographie : @caloulenka)



LA CLÉ 2 : “J’ÉCOUTE GOLDFRAPP DANS MA CHAMBRE, J’SAIS PLUS LAQUELLE DE MES CEINTURES METTRE POUR TENIR UNE HANCHE” - pucca



Goldfrapp, c’est un truc que j’écoute par période. C’est pas continuel… C’est par pulsion, ça me vient comme ça. Je m’y suis penché notamment quand je cherchais des sons à sampler.


Je crois que l’un des premiers projets que j’ai écouté d’eux c’était… Attends, comment ça s’appelle déjà… « Felt Moutain » ! Dans mes recherches d’inspirations, je regarde aussi beaucoup du côté de Björk, de Beach House… C’est assez vaste. Goldfrapp et Björk me parlent parce que leurs sonorités sont selon moi très très originales et intéressantes. Ils vont toujours là où tu t’y attends le moins, ils font tout l’inverse de ce qu’on connaît et malgré tout : ça prend. Björk c’est le summum de tout ça : ça a réussi à être mainstream tout en étant bizarre, original. C’est assez fou qu’une musique pareille fasse de l’argent et réunisse autant. Elle a créé un changement radical dans la musique. Elle marque l’histoire. C’est des délires de dingue… Regarde son morceau « There’s more to life than this », il a été enregistré dans des toilettes (The Milk Bar Toilets). C’est un parti pris tellement différent et intéressant en termes de rendu du son. On se retrouve face à une musique évolutive, nouvelle. La production musicale, les voix, les tops lines… Tout prend un sens inhabituel en étant pourtant pas forcément des éléments super compliqués à mettre en place. Faut juste y penser. Leurs assemblages bien réfléchis permettent de sortir des sentiers battus.


Aujourd’hui la finalité, c’est certes d’être original, mais pas que. C’est d’être capable avec des prods, une façon de poser, des univers, des tops lines ou encore une voix pas forcément travaillée ou inaccessible de recréer sa musique et de passer du simple au profond, au teinté, au différent. Quand on regarde des DA hyper « à part » comme celles de Björk ou dans un autre style comme Playboy Carti, on va pas forcément tout comprendre tout de suite. Moi il me faut parfois une ou deux semaines avant de me dire « Ah ok ! J’ai saisi ! ». La musique actuelle a souvent tendance à être suuuuuper accessible et c’est bien, ça reste quali, ça sonne bien et fini mais… c’est plat. C’est ce que je ne veux pas. C’est l’inverse de tout ça que je cherche chez ces artistes.


On peut faire du son différent en restant accessible, c’est difficile à atteindre mais c’est un truc incroyable. On cherche toujours à nous mettre d’emblée dans des cases quand on commence : « rap urbain, new wave, pop urbaine »… Et les mêmes musiques tournent et tournent. Moi je me sens nul part, j’ai mon truc propre. C’est cool, que la New Wave existe par exemple, je salue, j’aime, ça ouvre enfin un max de portes et faut que ça continue… Mais je me sens pas tant concerné que ça.



(Photographie : @caloulenka)



LA CLÉ 3 : “SI TON CORPS ME MET EN EXTASE COMME ÇA JE CROIS QUE J’AI PLUS LE CHOIX, J’EN SUIS SÛR, OH J’EN SUIS SÛR, BABE CE SOIR ON FAIT DES FILMS FRAIS COMME CEUX D’AUDIARD” - JE NE VEUX PLUS



Je dois avouer que le projet « Summer Tape Love » a été fait très rapidement ! C'est loin d’être mon préféré. Je sortais d’une rupture, j’étais pas bien et j’avais besoin de lâcher tout ça quelque part. En une grosse semaine j’ai écrit, composé, posé, enregistré, mixé... Une soirée par morceau, quelques jours pour finir le tout et voilà. Je trouve d’ailleurs que ça se ressent parce que ça sonne pas toujours super bien... (il rit)



LA CLÉ 4 : “OH ET NOUS C.T.POWELL NOUS FLEXÂMES DANS UNE AUTRE DIMENSION, LAISSE-LES PENSER QUE CE QU’ILS FONT C’EST CHAUD, FRÉROT LAISSE-LES” - BBY SO KIND <3




La deuxième phase est simple: en gros, il y a ceux qui resteront et il y a les tendances qui finiront par passer. Laisse passer frère. (il rit)


Le début... ça sonne juste bien, c’est de la connerie. Et le « nous » qui flex dont je parles, ce sont les gars avec qui je bosses. On bosse à trois. Je fais toute la musique : compo, prods, textes, voix… @remymartinshox gère tout ce qui est média, DA, il m’oriente… Et @freeferg_ gère tout ce qui est cover et clips. Ça lui arrive aussi de faire des ajouts sur certains morceaux. Notre structure c’est justement C.T.Powell.


De mon côté, l'une de mes "dimensions", c'est de faire mes propres prods. C’est une expérience hyper riche. Il m’arrive souvent de créer un mini bout de son et puis d’écrire tout un texte avec ces deux trois notes toutes seules et pas finies mais qui m’inspirent déjà assez. Ca me nourrit. Bon, j’avoue que ça peut-être un peu limitant aussi… Du moins on s’habitue peu à bosser sur des prods complètes et envoyées par d'autres. J’admire ceux qui, d’ailleurs, arrivent à s’en approprier une et à la métamorphoser ! Je suis pas contre de m’y tenter. Après voilà, pour le moment, je fais tout seul. Je ne produis pas non plus pour d’autres gens. Par contre il m’arrive de mixer ailleurs. J’ai mixé la mixtape de $ouley, « TYPE 993 », ou encore récemment un projet super cool de guitare de Sully Braq (@lupingreenjacket): Symphonie dans le coin d’une pièce.


Cette dimension du mix m’aide beaucoup. Quand je bosses avec les artistes, je m’adapte à leurs mondes, à leurs couleurs musicales, je les comprends… Et j’y applique ensuite mes teintes à moi. On fait un dégradé ! Je ne mixe jamais à la chaîne en mode ingénieur de studio, genre. Je trouve qu’en France, on manque d’une certaine richesse dans la musicalité de ce qu’on produit, dans nos sonorités… Ça doit être une question de culture où d’apprentissage un peu trop… classique, basique. On en ressort des trucs propres mais des trucs d’école, un peu. Mais c’est de la musique, qu’on écoute ! Tous les éléments sont importants ! C'est les trucs dont tu ne te rends même pas compte qui font que … Aaaah, tu le sens, tu le vis ! Si c’est plat tu entends mais tu ne vibres pas je sais pas… il y a tellement de sous-couches, de profondeurs !


(Photographie : @caloulenka)



LA CLÉ 5 : “ J’AI RÊVÉ QUE J’AVAIS TROP D’SOMMES ET QUE J’AI FAIT LA UNE, ILS ONT REMPLI GRAVE LES PELLICULES DE OIM DANS UNE MARTIN ASTON, LE RAT ET OIM PLUS RÉMY MARTIN” - MARTIN ASTON



J’ai rêvé que c’était bon, que j’étais là où je devrais être dans quelques années. J’ai rêvé que j’avais enfin atteint le stade mannequin.


Et quand je parle de Remy Martin, c’est une autre phase dans la phase, une private joke avec mes gars. C’est aussi une marque de cognac ! Je sais pas, il y a des gens qui aiment le champagne, d’autres le vin, nous c’est le cognac. Mes gars, le bon cognac et moi on est ensemble (il rit).


En vrai plus sérieusement il y a pas mal de références à la mode et aux marques de luxe dans mes sons. Aston Martin, Rykiel, Rick Owens… Ça rejoint quelque part la mentale « Mannequin » et ça fait partie de tout un univers, de toute une esthétique. C’est l’envie de renvoyer l'image d'une certaine finesse qui s’exprime et s’illustre métaphoriquement avec des objets, avec ces marques là par exemple. Ma musique est un mélange de cognac, d’anciennes cadillacs vert menthe, de cannes en beau bois, une esthétique de vieux riches (il rit). C’est l’expression illustrée d’un côté OG qui est fin sans avoir besoin de fioritures. Discrétion, travail, sérieux, propreté. Raffinerie, originalité. On cherche les références intemporelles, universelles, faites pour durer. L’image fait partie intégrante d’un univers musical j’y fais gaffe. La musique parle, se crée, se dessine, se représente. Pas besoin de trop parler quand on arrive à transmettre les choses comme ça. On pense images simples mais parlantes et pérennité.


Après faut pas que ce soit pris pour du snobisme ou de la condescendance, on assume juste notre énergie, évidemment qu’on va se dire qu’elle est la plus fraîche mais ça n’empêche pas d’aimer celles des autres, de la respecter, d’être positifs et ouverts !



(Photographie : @caloulenka)



LA CLÉ 6 : “J’SUIS TELLEMENT FASHION, 9C SAIT MMM ANVERS, CAR LE BUT C’EST DE FAIRE FANTASMER DES JEUNES TANT QU’ON PEUT ENCORE, J’AI À PEINE HIT J’ENTENDS DÉJÀ DES OUI ENCORE” - ILLUSION



MMM Anvers c’est justement une référence à la Maison Martin Margelia, avec un côté un peu plus historique. Aujourd’hui on dit MM6 quand on parle de la marque, le nouveau nom, mais de base c’était bien la MMM, Maison Martin Margiela, fondée en 1988 par le couturier belge Martin Margiela en collaboration avec la styliste Jenny Meirens.


On rejoint l’idée d’une esthétique OG. Quand tu regardes le travail de la maison il y quelques années (j’aime moins le plus récent), c’était plus intéressant je trouve. Il y avait des pièces… Une folie furieuse ! Genre des portes-feuilles en forme de billet, des conneries comme ça.


Et sinon, 9c c’est moi en fait. Mais c’est un truc que je développerai dans quelques années…À suivre. Je le référence déjà, mais c’est un projet futur, j’ai pas encore la maturité de développer ça. Mais ça arrivera sur le chemin vers l’étape finale mannequin…





Rédaction / Interview : Lilia Lrd





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